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Société collaborative : la fin des hiérarchies

OuiShare, sous la direction de Diana Filippova

Rue de l’échiquier, 2015

societe collaborativeUn ouvrage à l’allure discrète, mais qui s’avère important car il repense le monde et la société. C’est un vrai manifeste qui vise à transformer le monde, à en créer un nouveau redonnant leur place aux êtres humains et rejetant la présente organisation socio-économique (argent, goût du pouvoir hiérarchique, etc.). Le collectif Ouishare veut construire une société basée sur le partage, la collaboration et la contribution. Pour ce faire, il mène une recherche en économie collaborative avec « 80 ambassadeurs et des milliers de contributeurs ». L’ouvrage est constitué par une sélection de leurs témoignages. À travers divers projets, les citoyens reprennent enfin une place et donc un certain pouvoir. Cette lecture s’avère être un soulagement.

Quels sont les piliers d’un changement si radical ? Tout d’abord le travail en recomposition prend de nouvelles formes (travail indépendant, à la demande, entrepreneuriat), car on s’achemine vers la fin du travail salarié. Les robots accomplissent désormais de plus en plus de tâches, en un monde régi – hélas – par la performance (productivité, rentabilité). Que faire ? « Repenser la solidarité », créer « des coopératives d’activité » et revendiquer un salaire minimum. Bref, il faut sortir d’une conception hiérarchique du travail, afin que les individus aient un travail générant « de la valeur sous toutes ses formes ».

Second pilier : l’éducation est à repenser, car de nouvelles formes d’enseignement et d’apprentissage sont apparues. Ainsi l’école 42 d’informatique gratuite ne délivre aucun diplôme, mais un quart des élèves reçus à son examen d’entrée n’avaient pas le bac ! On peut apprendre désormais « partout » avec Internet, les smartphones ou les réseaux sociaux. Le MOOC est une formation en ligne pour tous (gratuite et de qualité) où chacun peut s’investir personnellement. La salle de classe est réinventée avec les groupes Meetup (unis par intérêt commun) ou Movilab (étude de modes de vie durable avec le coworking). On peut aussi apprendre « tout le temps » et à son rythme toute sa vie. Pourquoi ne pas envisager de « s’abonner à l’université » car la transmission peut désormais se faire sans enseignement magistral ? On peut assister à la naissance d’une « société de la question plutôt que de la réponse ».

Troisième pilier : les organisations traditionnelles sont désormais « dépassées » dans un paysage concurrentiel recomposé par de multiples acteurs de petite taille et… des plateformes monopolistiques géantes ! Il est possible de redonner du sens aux organisations par des fonctionnements alternatifs comme l’américain Zappos (vente de chaussures en ligne) dont 80 % des employés n’ont plus de manager. L’auto-organisation devient « une fin en soi ». La gouvernance est sur mesure (ex. de Favi, fonderie d’alliage cuivreux dans la Somme). La mission environnementale est perceptible avec l’entreprise californienne Patagonia, fabricant de vêtements techniques qui « met en place « des solutions à la crise environnementale ». Les projets dits open source (Wikipedia non lucratif) ont un impact social positif. L’organisation repose certes sur des « leaders éclairés », mais elle est horizontale. Elle remplace la hiérarchie par la légitimité de « l’action, la connaissance et l’expertise ».

Quatrième pilier : l’engagement social et environnemental répond enfin aux défis majeurs de notre siècle. Des projets contributifs nommés « pair à pair » (P2P) propose des ressources partagées gérées par des communautés. (encore Wikipedia). Des nouvelles réponses apparaissent aux défis environnementaux. Ainsi l’impression 3D développe des consommables renouvelables, alternatifs au plastique. Le militantisme est également « renouvelé » : Discosoupe qui partage des fruits et légumes légèrement abimés, Carrotmob réunit des commerçants soucieux du développement durable de leur activité, iFixit (Je répare) regroupe des réparateurs amateurs. Apporter des solutions devient un véritable enjeu pour la communauté d’innovateurs qui se constitue. Les biens communs se transforment en source d’autonomie (Ouishare jobs). Entraide et coopération, principe du P2P, écarte la discrimination sociale.

Cinquième pilier : les ateliers de production distribuée « d’autoproduction interconnectés à l’échelle du monde » (André Gorz). Le numérique participe largement à ce « processus d’horizontalisation » : blogs, wikis, medias sociaux, logiciel d’édition, partage de fichiers. Ainsi nait la « fabrication distribuée » : chacun peut concevoir, faire des prototypes, fabriquer, réparer, distribuer des biens matériels. Le magazine Make magazine et les Makers Faires(foires) démocratisent leurs activités productives.

Ainsi l’animation de communauté, la production intellectuelle, l’incubation-accélération de projets collaboratifs, et la formation (étudiants, professionnels, entreprises) sont en train de redessiner autrement les rapports entre les citoyens. Amusons-nous à consulter le nouvel alphabet Ouishare : A comme auto partage, B comme Banque du temps (échange de savoir-faire ou de produits), C comme Communication, etc. Consulter, puis mettre en pratique. Une démarche à suivre, mais sans jamais oublier les risques de professionnalisation et de récupération d’une telle économie du partage.

Jane Hervé

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