Philippe Nessmann, Paul Bona et Muge Qi
Seuil Jeunesse, 2025
Le destin frappe parfois là où l’on ne l’attend pas. Après un grave accident, Julia Hill prend conscience que le monde vacille autant qu’elle. Alors, plutôt que de subir, elle décide d’agir et de consacrer sa vie à faire la différence.
Résumé
À la suite d’un grave accident de voiture qui bouleverse profondément son existence, Julia Butterfly Hill ressent le besoin de redonner un sens à sa vie. En quête d’alignement avec ses convictions, elle rejoint un collectif engagé dans la défense des dernières forêts primaires de séquoias en Californie, menacées par l’exploitation forestière intensive. Lors d’une action de protestation, Julia accepte de grimper au sommet d’un séquoia géant vieux de près de mille ans. Ce qui devait être une occupation de quelques jours se transforme en un engagement hors du commun. Pendant 738 jours, elle vit perchée à plus de cinquante mètres de hauteur, affrontant les tempêtes, le froid, la solitude, les intimidations des compagnies forestières et les privations, sans presque jamais renoncer. Au fil des saisons, son combat dépasse la simple protection d’un arbre. Il devient le symbole d’une résistance non violente face aux intérêts économiques, un appel à repenser notre relation au vivant et une formidable leçon de courage, de persévérance et d’engagement. Inspirée d’une histoire vraie, cette bande dessinée retrace le parcours exceptionnel d’une jeune femme ordinaire devenue, par la force de ses convictions, l’une des grandes figures de la défense de l’environnement.
Mon avis
Pendant plus d’un siècle, la Pacific Lumber Company exploitait les forêts avec plusieurs essences avec une certaine retenue. Les propriétaires coupaient le bois nécessaire à la survie de l’entreprise tout en préservant la ressource pour l’avenir. Tout bascule en 1985 lorsque la société est rachetée par Maxxam. Place alors à une logique de rentabilité : les coupes rases se multiplient, les arbres tombent les uns après les autres et les conséquences ne tardent pas. Sans racines pour retenir les sols, les glissements de terrain se succèdent, comme la catastrophe de Stafford en 1996.
Face à cette course au profit, des citoyens refusent de rester spectateurs. Des associations comme Earth First! se mobilisent. D’autres choisissent des actions plus radicales mais toujours non violentes. Parmi eux, une jeune femme de 23 ans : Julia Butterfly Hill. Le 10 décembre 1997, elle grimpe au sommet d’un séquoia millénaire nommé Luna. Son objectif est simple : empêcher qu’il soit abattu pour finir en planches de bois pour un meuble quelconque. Ce qui devait être une occupation d’une semaine deviendra l’une des plus incroyables actions de désobéissance civile en faveur de l’environnement.
Pendant 738 jours, Julia vit à plus de cinquante mètres de hauteur. Elle affronte le froid, les tempêtes notamment celle provoquée par El Niño, la solitude, le manque de sommeil et les intimidations permanentes. Les bûcherons tentent même de couper l’arbre alors qu’elle s’y trouve encore. Ils installent un camp au pied du séquoia, l’insultent, cherchent à l’humilier et empêchent le ravitaillement. Tout est fait pour la pousser à abandonner. Julia tient bon et résiste. Son combat dépasse rapidement la forêt. Les médias s’emparent de son histoire. Des milliers de personnes, des écoles, des anonymes lui écrivent. Chaque lettre devient une source d’énergie supplémentaire et d’encouragement. Autour d’elle, les soutiens s’organisent. Lorsque certains militants quittent l’aventure, d’autres prennent le relais avec une inventivité et une bienveillance qui rendent cette mobilisation profondément humaine. Cette bande dessinée raconte bien plus que le sauvetage d’un arbre. Elle montre qu’une personne ordinaire peut devenir le symbole d’une lutte collective. Elle rappelle aussi que la non-violence n’est pas une faiblesse. Bien au contraire, elle peut être une formidable force politique lorsque la détermination rencontre l’intelligence collective et le soutien de l’opinion publique. L’histoire ne s’arrête malheureusement pas avec une victoire totale. Luna est victime d’un acte de vandalisme avec importante entaille est pratiquée à sa base. L’arbre survivra grâce à un travail de protection.
Cette lecture laisse une question en suspens : jusqu’où sommes-nous prêts à aller pour protéger ce qui rend la vie possible ? Impossible de ne pas être admiratif devant la détermination de Julia Butterfly Hill. Son engagement a changé son rapport à la forêt et à travers cette BD, il questionne aussi le nôtre. Elle raconte d’ailleurs cette aventure dans son livre De sève et de sang qui donne un autre point de vue. Cette histoire rappelle enfin qu’il n’existe pas une seule manière de s’engager. Certains signent des pétitions, d’autres interpellent les pouvoirs publics, d’autres encore occupent un arbre pendant deux ans. Toutes ces formes d’action participent au même combat : celui de la préservation du vivant.
Coup de cœur pour cette bande dessinée inspirante. Elle montre que le courage est contagieux et qu’un engagement individuel peut devenir une force collective. Une lecture qui nous interroge : pour protéger le vivant, jusqu’où serions-nous prêts à aller ?
Prisca
A retrouver chez Seuil Jeunesse
et De sève et de sang aux éditions Libre
Bande dessinée de notre sélection du Prix jeunesse écolo Lecteurs en herbe 2026