Faire du commerce autrement
Elizabeth Barféty et Armelle
Introduction
Changer le monde peut parfois commencer par un simple acte d’achat. Chez Bionacelle, l’éthique ne s’arrête pas aux produits biologiques, elle guide aussi les relations humaines et l’organisation du travail. Respecter la nature, c’est également respecter celles et ceux qui la cultivent, qui travaillent et qui consomment.
Résumé
Léa arrive presque par hasard dans une coopérative bio et découvre bien plus qu’un simple magasin. Elle y rencontre Nath, militante aguerrie qui transmet son engagement, ainsi que Pauline, une mère célibataire en quête d’un nouveau départ. Aux côtés des salariés et des bénévoles, elles cherchent à inventer une autre manière de travailler et de faire du commerce. Ici, les décisions sont partagées, les producteurs locaux occupent une place essentielle et les choix écologiques ne sont jamais de simples arguments marketing.
Faire vivre un projet collectif demande de l’énergie, de l’écoute et de nombreux compromis. Chacun doit trouver sa place, défendre ses idées et apprendre à avancer avec les autres. Inspiré par la SCOP Bionacelle, On a faim d’idéal nous plonge dans les coulisses d’un magasin bio coopératif. L’album défend une agriculture locale, vivante et respectueuse, tout en interrogeant notre manière de consommer. À travers le parcours de personnages attachants, il met également en lumière la solidarité, la transmission et la force du collectif. Une histoire humaine et engagée, qui montre que le travail peut devenir un véritable espace d’émancipation.
Mon avis
Les bandes dessinées consacrées au bio, à l’écologie et aux nouvelles manières de consommer commencent peu à peu à se multiplier. Le 9e art trouve ainsi toute sa place dans les grands débats de société, qu’il peut rendre vivants, accessibles et intéressants pour le plus grand nombre. Alors que le marché du bio connaît un certain recul, cela signifie-t-il pour autant qu’il n’a plus sa place ? Qu’il n’intéresse plus personne ou qu’il est nécessairement trop cher ? La bd permet justement de dépasser ces idées reçues. Élisabeth Barféty choisit de raconter le quotidien de plusieurs membres de Bionacelle, un magasin bio organisé sous la forme d’une SCOP. Lorsque l’on évoque les magasins biologiques, quelques grandes enseignes viennent immédiatement à l’esprit. Pourtant, cette structure défend un modèle bien différent.
Dans une SCOP, les salariés peuvent prendre des parts dans l’entreprise, participer à son fonctionnement et prendre part aux décisions. Chaque personne possède une voix et une véritable importance, quels que soient son âge, son parcours, sa santé, ses envies ou sa situation personnelle. Derrière les produits biologiques et les circuits courts se trouve donc une réflexion plus large sur le travail, la démocratie et le respect des individus. Le projet consiste également à créer des liens durables avec les agriculteurs locaux et à leur garantir une rémunération plus juste.
L’un des objectifs de Bionacelle est de permettre à chacun de bien manger sans dépenser une fortune, indépendamment de ses revenus, de son âge ou/et de son statut social. L’album rappelle ainsi qu’une alimentation de qualité ne devrait pas être réservée à quelques privilégiés. Nous découvrons le parcours de nouveaux arrivants, mais aussi celui des salariés et des bénévoles qui font vivre le magasin.
Au fil du récit, des liens se nouent entre eux et donnent naissance à de belles histoires d’amitié, de solidarité, d’amour et de famille. On s’attache rapidement à l’ensemble des personnages, tant ils semblent unis par la compréhension, l’entraide et la complicité. Le fonctionnement horizontal de la structure permet à chacun de se sentir écouté, utile et pleinement intégré au projet collectif.
Cependant, le tableau paraît parfois trop parfait. Le récit montre peu de disputes, de conflits, de départs ou de situations d’épuisement, alors que ces difficultés existent dans toutes les organisations, y compris dans celles qui défendent des valeurs sociales et solidaires. Montrer davantage ces tensions aurait justement permis d’expliquer comment les problèmes sont gérés grâce à l’écoute, au dialogue et à la recherche de solutions communes. Leur absence rend malheureusement le récit moins crédible et donne parfois l’impression d’une structure presque utopique.
La volonté de respecter les salariés, les bénévoles, les producteurs et les clients est admirable, mais elle ne peut sans doute jamais être totalement aboutie. Les bonnes intentions ne suffisent pas toujours à éviter les rapports de pouvoir, les désaccords ou l’épuisement professionnel, notamment dans les structures de l’économie sociale et solidaire.
La bd nous invite à réfléchir à nos choix de consommation, aux commerces que nous soutenons et aux valeurs qu’ils défendent réellement. L’album nous pousse surtout à regarder au-delà des étiquettes et des discours. Il nous rappelle que l’éthique ne se mesure pas seulement à la qualité des produits vendus, mais aussi à la manière dont une entreprise traite les personnes qui la font vivre.
Prisca