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À la table des hommes

Sylvie Germain

Albin Michel, 2015

sylvie germain bonÀ peine la lecture de À la table des hommes est-elle terminée que l’envie de relire surgit, impérieuse. D’autres critères révèlent-ils autrement ce qui apparaît – à terme – une épopée darwinienne ?

Les parties, en un premier temps énigmatiques, s’éclairent. Les deux premières citent un moine-poète arménien et visionnaire (la terre met « au monde » un homme, lequel se singularise ensuite). La troisième est extraite de Césaire qui veut se préserver d’être un « homme de haine » volontairement haï. La dernière, du poète suédois Tranströmer, se résume à un titre qui, par son évocation de la « table branlante » des hommes, renvoie à l’écrit de Sylvie Germain. Vide de texte, elle laisse supposer que cet ouvrage intriguant est précisément… cette quatrième partie.

La scène d’ouverture de cette tablée d’hommes, d’une éblouissante horreur, défie de préserver ensuite une beauté aussi brute. Défi que Sylvie Germain relève avec la grâce tranquille d’une écriture que rien n’effraie.

Après une catastrophe qui se précisera au fil des chapitres, un goret ayant perdu sa mère tète une mère ayant perdu son enfant. Perte similaire qui, unissant et conjuguant l’animal et l’humain, métamorphose leur lien. La romancière adopte ensuite le point de vue de l’animal qui fouit la terre, s’éloigne lorsque le lait se tarit et vit « au plein ou au creux de l’instant ». Ce cochon domestique Babel s’initie à la vie sauvage avec une daine que des chasseurs abattront. Se maintenir en vie devient « un parcours de combattant ». Tout serait simple, s’il restait cochon. Retrouvé nu près d’un lavoir, il devient Abel, un homme simple gardant des caractéristiques animales. Son entrée et son périple dans le monde des hommes cumulent le soutien, l’animosité ou l’indifférence. Ce récit fabuleux est la découverte de notre humanité (langage, femmes, rivalité ou soutien d’hommes, etc.) qui rejette plus qu’elle n’intègre.

Ne serait-elle pas aussi représentée par l’image d’un « clown » ? De fait, Abel ce cochon kafkaien n’a qu’un véritable ami, la corneille nomade Doudi qui rythme presque jusqu’au bout son aventure parmi les hommes. L’oiseau disparaîtra en une séquence d’une époustouflante beauté. Comment la résumer une vie, celle d’Abel au nom prédestiné? Il lui a « suffi « d’être aimé par quelques-uns et d’avoir aimé ceux-là ». Telle est « la joie » que nul ne pourra lui « retirer ». La sérénité de l’écriture accompagne ainsi ce livre paradoxal jusqu’à un terme qui n’est en fait que commencement.

Jane Hervé

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